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Entretien avec le Rav Levanon, Roch Yéchiva et Rav du Ychouv Elon Moré
30-03-2007
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Sujet : Rôle de notre Yéchiva et les besoins du Peuple d'Israël, sur la place que doit occuper celle-ci pour
palier à ces besoins.
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Cet entretien s'est déroulé à une heure avancée de la nuit après que le Rav ait donné un cours d'une série sur "la vie du couple" à de nombreux jeunes habitant la Samarie.
La Rabbanit a déjà donné une série de cours aux femmes et c'est dans le même esprit que le rav donne ses cours aux hommes.
Le Rav Eliakim Levanon (58 ans) était élève à la Yéchiva "Merkaz harav" depuis l'âge de 17 ans jusqu'à 33 ans, il a étudié avec le Rav Tsi Yéhouda, et est considéré comme l'un de ses plus brillants élèves. Le Rav Levnon est Roch Yéchiva d'Elon Moré depuis 25 ans.
Après une si longue période de pratique, on peut faire le point et se rendre compte des aspirations et les buts recherchés par le Rav dans ses élèves.
Chaque Institut thoranique à un moment donné arrive à définir l'élève idéal qui sortira de ses murs. Quel est donc l'homme idéal que l'on aspire à former à la Yéchiva d'Elon Moré ?
Chaque élève sortant qui arrive à se faire une place dans la société est l'élève idéal. Nous n'avons pas le droit en tant qu'éducateurs de fabriquer un "moule" idéal selon lequel tous les élèves seront formés. Chacun possède des forces qui lui sont propres il a ses possibilités et sa propre direction. Nous avons par exemple un élève idéal qui étudie pharmacie car c'est à ça qu'il aspire. Nous en avons un autre qui étudie l'assistance sociales et un autre qui fait de la physiothérapie et réussit très bien dans ce domaine.
Il y en a aussi un qui veut être un Talmid Haham ….
Cela existe aussi, mais c'est exprès que je mets l'accent sur des exemples qui sortent de l'ordinaire pour démontrer que ceux-là aussi sont des bons éléments qui réussissent. "chacun selon ses besoins et ses aspirations". Ma définition est, qu'il n'y a pas un Beit Midrach unique. Le monde entier est fait d'une multitude de Beit Midrach et au milieu de tous, il y a un grand Beit Midrach qui rayonne sur tous. C'est le Beit Midrach de la Tora, de la crainte et de l'amour de D…, des qualités et des vertus de la politesse et du respect, c'est dans ce sens que l'on doit éduquer et c'est la base de tout.
Chacun arrive avec des forces qui lui sont propres et doit arriver à un seul Beit Midrach. C'est pourquoi chacun de nos élèves qui pratique dans le domaine qui lui est propre est idéal, tant qu'il est basé sur les valeurs de la Tora, qu'il soit officier, juge ou maître d'école.
Et pourtant quelle est la spécificité de la Yéchiva ?
L'idéal principal de la Yéchiva est de parer aux manques du Peuple d'Israël. Il existe de nombreux vides dans Am Israël et le but de la Yéchiva est de combler ces vides. Un des buts principaux est de former des Posskim,(rabbins aptes à prendre des décisions qui vont dans le sens de la Tora). Je suis moi-même sans arrêt sollicité, de tout Israël et cela me cause du tracas car il y a en Israël de nombreux Talmidé hahamim et pourquoi ne pas les questionner directement ? Il arrive que je demande à mon interlocuteur pourquoi il ne pose pas sa question à son Rav, et il me répond :" mon Rav n'arrive pas à me répondre". A mon grand regret, on ne forme pas assez de posskim dans les Yéchivot.
Une autre idée qui occupe une grande place dans notre Yéchiva est celle de former des éducateurs familiaux sur le thème de l'éducation du couple et des enfants qui sont la base de la grandeur de Am Israël, l'unité de base élémentaire étant "la famille" car un Peuple est grand par qualité de ses familles. Plus il y aura de bonnes familles et plus le Peuple d'Israël sera fort.
Ces deux sujets son associés à notre enseignement c'est-à-dire en plus de l'étude profonde de la Guemara et des posskim , ce sont deux postes très importants. Il est absolument impensable qu'un élève sortant de chez nous n'ait pas fait plusieurs séries de cours portant sur l'éducation des enfants et la vie familiale durant ses études dans notre Yéchiva.
En fait, quand on connaît notre Rav, on se rend compte que les buts dont il parle, sont les sujets qui le préoccupent le plus. Aussi bien dans l'enseignement qu'il prodigue à la Yéchivat Hesder qu'au Beit Hamidrach Lethora Véhoraa depuis la création du Kollel avréhim et durant les 27 dernières années, les aspirations du Rav Levanon ont été de remplir le vide qui existe dans le Peuple d'Israël.
En gros, le Rav aspire à former des chefs. On ne peut pas dire que c'est le but spécifique de la Yéchiva, mais elle sert de catalysateur. Il est urgent de créer des systèmes qui prépareront des dirigeants. Le Peuple crie son désarroi et son besoin d'être dirigé par de véritables chefs.
Le Rav a exprimé aussi le besoin de créer des systèmes éducatifs qui seront actifs dans le système existant.
Ce sujet va de pair avec le domaine des dirigeants. Le problème de Am Israël aujourd'hui est que le système éducatif n'accomplit pas son rôle. Il n'est pas un système "éducatif " mais il est un système "enseignant".Il existe un conseil des hautes études mais il n'existe pas un conseil de haute éducation. Les grands éducateurs sont les joueurs de football et les acteurs de cinéma.
Un vrai système éducatif doit savoir faire la différence entre le "bien" et le "mal" et aujourd'hui il n'existe pas de tel système. Il n'y a pas de limites bien déterminées, si par le passé il y avait des limites qu'on ne franchissait pas en Eretz Israël, ces limites ont été complètement dépassées. Cela vient rejoindre l'idée du manque de source autoritaire, en effet lorsqu'il n'y a pas d'autorité suprême mais seulement des dirigeants humains, les limites changent de place à tout instant.
La Yéchiva essaie d'éduquer une génération de guides qui sauront identifier la source des problèmes. Par exemple nous opérons par le biais des noyaux toraniques en essayant de les encourager à agir dans un champ beaucoup plus large que celui dans lequel ils travaillent aujourd'hui.
Le peuple est complètement asséché et a besoin d'étancher sa soif de toute bonne chose. Nos efforts sont dirigés vers le Peuple et l'Etat et notre message doit être que ce n'est pas nous qui déciderons mais Hakadoche Barouh Hou. Nous pouvons colporter ce message par exemple dans les matnassim (centres éducatifs de quartiers) qui ne servent en ce moment que de lieux d'amusement. L'aspiration est de s'en servir comme lieux d'études des nombreux sujets qu' Am Israël a soif de connaître, comme par exemple la fondation d'une famille, la façon de diriger sa maison, l'éducation des enfants etc.. Si nous arrivons à fonder un tel système, cela pourra être une grande chose qui finira finalement par influencer l'ensemble du public israélien.
Peu de temps avant le démantèlement du Gouch Katif , le Rav Levanon a signé une lettre des rabbins avec la permission du Rav Avraham Chapira appelant les soldats de Tsahal à refuser de participer au renvoi en force des habitants du Gouch Katif et du Nord de la Samarie. Cette lettre a été signée par soixante dix autres rabbins, ce qui a amené les dirigeants de l'armée à menacer d'annuler les décisions qui permettent aux étudiants des Yéchivot Hesder de servir Tsahal tout en continuant d'étudier. Aujourd'hui, un an et demi après, on a l'impression que la Yéchiva n'a fait que se renforcer de cette situation.
Le Rav Levanon nous donne une explication bien précise sur le sujet : "Nos élèves marchent aujourd'hui la tête haute, non pas parce qu'ils sont au dessus de Am Israël, mais pour lui montrer la voie. Le but étant de donner une direction au Peuple et non de se faire avaler par le système existant. C'est une chose dont le Peuple a besoin et grâce à D.. nous réussissons dans notre Yéchiva à faire passer le message.
Quelle a été l'influence du renvoi des familles du Gouch Katif et du Nord de la Samarie ainsi que de la deuxième guerre du Liban sur les buts de la Yéchiva ?
Ces évènements ont été très signifiants. Je vois en eux la main de D.. de façon très claire qui mène exactement au même endroit. Avant le démantèlement, les rabbins essayaient d'avoir un dialogue avec les gradés de l'armée. Une fois je me suis exprimé en disant que si Tsahal participait au renvoi, il faudrait tout revoir, nous avons un grand besoin de Tsahal mais recomposé. Le défaire et le refaire à nouveau.
Pendant la dernière guerre du Liban Tsahal a connu un écrasement. Manque de confiance en son système, en ses officiers du plus petit au plus grand et de l'un à l'autre. Ce vacillement va reconstruire Tsahal à nouveau et avec l'aide de D…
Dans cette guerre du Liban, il ressortait que son but n'était pas de défendre Am Israël. Son but était de plaire aux yeux du monde, de défendre la population arabe et non d'écraser l'ennemi d'Israël ce qui doit être le but essentiel de Tsahal.
La guerre du Liban a été la conséquence directe du renvoi de Gouch Katif, aussi bien au niveau de la politique où ont été découverts des relâchements et des bassesses qu' au niveau de D… On se rend compte que Tsahal doit être reconstruit après le renvoi et l'état doit revoir tout son système.
Ces deux faits nous ont encore plus renforcés dans les buts de la Yéchiva de former des dirigeants pour notre Peuple.
Comment fait on pour arriver à avoir la tête haute et ne pas être avalés par le système ?
Le message sur lequel je reviens souvent à la Yéchiva est : "débrancher pour mieux rebrancher" En tant que public religieux nous avions une place dans la société israélienne en tant qu'individus qui suivent les autres, associés, accompagnateurs, ils font l'armée, nous aussi, ils étudient à l'université, nous aussi.
Le public religieux doit bien se mettre en tête que c'est lui qui doit entraîner les autres. C'est lui qui doit décider des buts à poursuivre et des budgets à distribuer pour poursuivre ces buts.
Aujourd'hui on étrangle les Yéchivot de tous les côtés, et ils savent qui ils étranglent et ce qui menace leur souveraineté. Nous ne nous laissons plus entraîner, c'est le "débranchement", le "chev velotaass", le "sour mera" .
On peut entrer dans le monde des médias, par exemple, mais seulement après avoir accompli cette séparation, en disant : "je ne viens pas pour m'intégrer parmi vous mais je veux vous montrer la voie".
Interviewé par Moché Mayersdorff
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